
Votre dernier audit ISO 45001 s’est bien passé. Les non-conformités ont été levées, les indicateurs AT-MP sont au vert. Et pourtant, l’auditeur vous a posé cette question qui vous travaille encore : « Comment démontrez-vous l’amélioration du bien-être de vos collaborateurs ? » Vous avez bafouillé quelque chose sur l’absentéisme, sans vraiment convaincre. Cette situation, je la rencontre constamment en accompagnement. Le système QSE vit sa vie d’un côté, la prévoyance collective reste dans les tiroirs RH de l’autre, et personne ne fait le lien.
- L’ISO 45001 attend une approche globale santé-sécurité incluant le bien-être — pas seulement la prévention des accidents
- Croiser données prévoyance et indicateurs QSE crée de la valeur démontrable en audit de certification
- 3 indicateurs clés suffisent pour démarrer : absentéisme croisé, sinistralité prévoyance, satisfaction SST
- L’intégration passe par votre tableau de bord QSE existant — pas besoin de créer un système parallèle
Points clés abordés
Pourquoi votre système QSE passe à côté du bien-être (et ce que ça vous coûte en audit)
Soyons honnêtes : dans la plupart des PME industrielles que j’accompagne, la prévoyance collective et le système QSE ne se parlent pas. Le contrat de prévoyance dort dans un classeur RH, avec ses garanties décès-invalidité que personne ne comprend vraiment. Le responsable QSE, lui, remplit consciencieusement ses tableaux AT-MP sans jamais croiser ces données avec la sinistralité prévoyance. Résultat ? Deux visions partielles de la santé au travail qui ne produisent aucune intelligence collective.
Ce cloisonnement a un coût. Selon le baromètre 2025 WTW sur l’absentéisme, le taux d’absentéisme a atteint 5,1 % tous secteurs confondus en 2024, en hausse de 3 % par rapport à 2023. Plus parlant encore : les risques psychosociaux représentent désormais 36 % des arrêts longs. Ces chiffres, votre assureur prévoyance les connaît. Votre tableau de bord QSE, probablement pas.

36%
Part des arrêts longs liés aux risques psychosociaux en 2024
Dans mon expérience d’accompagnement de PME industrielles, je constate régulièrement que la prévoyance et bien-être au travail restent cloisonnés côté RH tandis que le système QSE vit sa propre vie. Lors des audits ISO 45001, on peine alors à démontrer une vision globale de la santé au travail. Ce constat n’est pas généralisable à toutes les structures, mais il revient souvent dans les entreprises de 50 à 250 salariés où le responsable QSE cumule plusieurs casquettes.
L’erreur la plus fréquente ? Considérer que l’ISO 45001 ne concerne que la prévention des accidents physiques. Les auditeurs cherchent de plus en plus des preuves d’une approche systémique — et le bien-être en fait partie. Si vous ne pouvez pas démontrer comment vous mesurez et améliorez les conditions de travail au-delà des EPI et des consignations, attendez-vous à des observations.
Prévoyance et QVCT : ce que dit vraiment l’ISO 45001 (et ce qu’elle ne dit pas)
Commençons par démystifier un point : l’ISO 45001 ne mentionne pas explicitement le terme « bien-être ». Ça ne veut pas dire qu’elle s’en désintéresse. La norme parle d’« amélioration continue de la performance en santé et sécurité au travail » et exige une identification des risques qui va au-delà des dangers physiques évidents. Comme le souligne le guide Bpifrance sur l’ISO 45001, cette certification « favorise une culture de la sécurité plus forte et améliore le bien-être et la qualité de vie au travail ».
Ce que l’ISO 45001 attend réellement : La norme exige que vous identifiiez les risques pour la santé des travailleurs (chapitre 6), que vous surveilliez et mesuriez la performance SST (chapitre 9), et que votre revue de direction examine ces données pour décider des actions d’amélioration. Le bien-être entre dans ce périmètre dès lors que vous le reliez à la santé au travail.
Le cadre français va plus loin. L’ANI QVCT de décembre 2020 a officialisé le passage de « QVT » à « QVCT » — Qualité de Vie et des Conditions de Travail. Cette évolution n’est pas cosmétique : elle ancre le bien-être dans les conditions concrètes d’exercice du travail, pas dans les séminaires team-building. Selon le référentiel QVCT de l’ANACT, l’objectif est de « permettre à tout le monde de faire du bon travail et de construire progressivement une organisation favorable à la santé et à la performance ».
Ce qui me frappe souvent lors des audits : les responsables QSE connaissent parfaitement leurs obligations DUERP, mais ignorent que la loi santé travail d’août 2021 a renforcé les exigences de traçabilité collective des expositions. Cette loi crée un pont naturel entre prévention réglementaire et approche bien-être — à condition de l’exploiter.
Concrètement, votre prévoyance collective génère des données précieuses : sinistralité par type d’arrêt, durée moyenne, profils touchés. Ces informations, croisées avec vos indicateurs QSE, révèlent des patterns que ni l’un ni l’autre ne montrent isolément. Un taux d’arrêts longs en hausse sur un service précis, combiné à des non-conformités récurrentes sur ce même périmètre, raconte une histoire que l’auditeur saura lire.
Intégrer la prévoyance dans votre tableau de bord QSE en 5 étapes
Passons au concret. J’ai accompagné l’année dernière une directrice QSE d’une ETI agroalimentaire qui préparait sa certification ISO 45001. Son cas m’a marqué parce qu’elle avait tout bien fait côté prévention classique — et pourtant, l’auditeur a pointé le manque de traçabilité des actions QVCT. Les indicateurs bien-être étaient absents de son tableau de bord. Nous avons travaillé ensemble pour intégrer les données prévoyance dans sa revue de direction. Résultat : non-conformité levée, et surtout une vision enfin cohérente de la santé au travail dans son entreprise.
Voici la méthodologie que j’utilise, adaptée aux contraintes des responsables QSE qui gèrent souvent seuls plusieurs référentiels.
Phase 1 : Diagnostic croisé RH-QSE
Avant de vouloir tout mesurer, identifiez ce qui existe déjà. Demandez à votre DRH ou au service paie les données de sinistralité prévoyance des trois dernières années : nombre d’arrêts indemnisés, durée moyenne, répartition par type (maladie, AT, invalidité). Comparez avec vos propres données AT-MP. Vous cherchez les écarts et les corrélations.
Mon conseil (qui n’engage que moi) : commencez par un fichier Excel simple plutôt qu’un outil sophistiqué. L’objectif de cette phase est de voir si le jeu en vaut la chandelle, pas de construire un système parfait. Une solution de logiciel de gestion qualité en ligne viendra dans un second temps centraliser ces données, une fois que vous aurez validé leur pertinence.
Phase 2 : Sélection des indicateurs pertinents
Attention au piège classique de vouloir tout mesurer. Trois indicateurs bien choisis valent mieux que douze tableaux que personne ne regarde. Je recommande toujours de croiser absentéisme et sinistralité prévoyance comme point de départ. Pourquoi ? Parce que ce croisement révèle si vos arrêts maladie « ordinaires » cachent en réalité du mal-être lié au travail non déclaré en AT.

Le deuxième indicateur que je privilégie : le ratio sinistralité prévoyance sur effectif. Si votre assureur vous communique le coût des prestations versées, divisez-le par votre effectif moyen. Vous obtenez un coût par salarié comparable d’une année sur l’autre. Une hausse significative doit déclencher une analyse des causes.
Phase 3 : Pilotage et revue de direction
C’est là que tout se joue pour l’audit. Vos indicateurs bien-être doivent apparaître dans les données d’entrée de votre revue de direction, au même titre que les non-conformités et les AT-MP. Pas dans un document annexe que personne ne lit — dans le corps du compte-rendu.
Timeline typique d’intégration que j’observe sur le terrain :
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Diagnostic croisé RH-QSE et collecte des données existantes -
Définition des 3 indicateurs communs et paramétrage initial -
Intégration dans le tableau de bord QSE -
Première revue de direction avec indicateurs bien-être -
Audit blanc interne pour valider la traçabilité
Cette chronologie n’est pas gravée dans le marbre. Certaines structures vont plus vite, d’autres ont besoin de plus de temps pour convaincre la DRH de partager les données. L’essentiel est de démarrer avec un périmètre limité mais solide.
Votre audit de préparation intégration QSE-bien-être
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Avez-vous identifié les données prévoyance disponibles auprès de votre assureur ?
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Votre tableau de bord QSE inclut-il au moins un indicateur RH ?
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La DRH est-elle partie prenante de votre prochaine revue de direction ?
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Vos indicateurs sont-ils cohérents avec les risques identifiés dans le DUERP ?
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Avez-vous défini des objectifs chiffrés d’amélioration du bien-être ?
3 indicateurs bien-être qui parlent aux auditeurs ISO 45001
Tous les indicateurs ne se valent pas face à un auditeur. Certains démontrent une vraie démarche d’amélioration, d’autres ressemblent à du remplissage. D’après l’observatoire APICIL 2025, le taux d’absentéisme a atteint 4,41 % en 2024 contre 4,27 % l’année précédente, avec les pathologies psychologiques représentant plus de 40 % des dossiers d’arrêts longs. Ces chiffres nationaux vous donnent un benchmark pour évaluer votre propre situation.
Voici les trois indicateurs que je recommande systématiquement pour commencer, avec leur niveau de difficulté de mise en œuvre :
| Indicateur | Source données | Valorisation audit | Difficulté |
|---|---|---|---|
| Taux d’absentéisme croisé maladie/AT | Paie + déclarations AT | Forte : démontre vision systémique | Faible |
| Ratio sinistralité prévoyance / effectif | Bilan assureur prévoyance | Moyenne : nécessite explication | Moyenne |
| Score satisfaction enquête SST | Enquête interne annuelle | Forte : preuve d’écoute terrain | Moyenne |
Le premier indicateur est le plus simple à mettre en place car les données existent déjà dans votre système de paie. Le troisième demande un peu plus de travail initial (créer une enquête, la diffuser, analyser les résultats), mais c’est celui qui impressionne le plus les auditeurs. Pourquoi ? Parce qu’il démontre que vous écoutez vraiment vos collaborateurs, au-delà des obligations réglementaires.
Franchement, je déconseille de vous lancer dans des indicateurs sophistiqués type « score de bien-être multidimensionnel » si vous débutez. Commencez simple, montrez que ça fonctionne, puis enrichissez progressivement. L’auditeur préfère trois indicateurs bien suivis et analysés qu’une batterie de KPI que vous ne savez pas interpréter.
Vos questions sur l’articulation QSE et prévoyance
L’auditeur ISO 45001 peut-il exiger des indicateurs bien-être ?
La norme n’impose pas d’indicateurs spécifiques, mais elle exige de démontrer l’amélioration continue de la performance santé-sécurité. En pratique, un auditeur expérimenté cherchera des preuves que vous allez au-delà de la seule prévention des accidents. Si vous ne pouvez rien montrer sur le volet bien-être, attendez-vous à une observation — pas forcément une non-conformité, mais un signal que votre approche reste partielle.
Comment obtenir les données prévoyance auprès de la DRH ?
La clé, c’est de montrer ce que la DRH y gagne. Proposez de valoriser les investissements prévoyance en revue de direction — ça donne de la visibilité au budget RH. Demandez des données agrégées et anonymisées (taux de sinistralité global, durée moyenne des arrêts), pas des informations nominatives. Dans la vraie vie, le blocage vient rarement de la confidentialité RGPD, mais plutôt d’un réflexe de protection territoriale. Impliquez la direction pour arbitrer si nécessaire.
Faut-il un accord CSE pour croiser ces données ?
Ça dépend de ce que vous croisez. Des données agrégées de sinistralité prévoyance avec vos indicateurs QSE ne nécessitent pas d’accord spécifique — vous ne traitez pas de données personnelles. En revanche, si vous voulez analyser des corrélations par service ou par métier qui permettraient d’identifier indirectement des personnes, informez le CSE et documentez votre démarche. Mieux vaut prévenir qu’avoir des questions embarrassantes en réunion.
Quels indicateurs choisir si je débute complètement ?
Commencez par le taux d’absentéisme croisé. C’est le plus facile à obtenir (données paie) et le plus parlant en audit. Comparez-le au benchmark national de votre secteur. Si vous constatez un écart significatif, vous avez déjà matière à définir des actions d’amélioration. Le reste viendra naturellement une fois cette première brique posée.
Comment intégrer ces indicateurs dans un logiciel QSE existant ?
La plupart des logiciels QSE permettent de créer des indicateurs personnalisés. Paramétrez un indicateur « bien-être » avec saisie manuelle mensuelle ou trimestrielle. Vous importerez les données depuis votre fichier de suivi ou directement depuis l’export de votre assureur. L’important est que ces indicateurs apparaissent dans le même tableau de bord que vos AT-MP et non-conformités — c’est cette vision intégrée que l’auditeur recherche.
Et maintenant ?
Plutôt que de vous lancer dans une refonte complète de votre système, identifiez le premier indicateur que vous pourriez ajouter à votre prochaine revue de direction. Un seul, bien documenté, avec une analyse des tendances et des actions associées. C’est suffisant pour montrer à votre auditeur que vous avez compris l’enjeu.
Posez-vous cette question avant votre prochain audit : « Si l’auditeur me demande comment je mesure l’amélioration du bien-être, quelle preuve tangible puis-je lui montrer dans mon système documentaire ? » Si la réponse est floue, vous savez par où commencer.
Spécificités selon votre convention collective
Les garanties minimales de prévoyance varient selon votre convention collective de branche. Les obligations légales évoluent régulièrement — vérifiez les textes en vigueur avant toute mise en œuvre. Chaque organisation nécessite une analyse spécifique de ses risques professionnels.
Points de vigilance : Risque de sous-couverture si les garanties prévoyance ne sont pas alignées sur les risques identifiés dans le DUERP. Risque de non-conformité ISO 45001 si les indicateurs bien-être ne sont pas intégrés dans la revue de direction.
Pour une analyse personnalisée, consultez un courtier en assurances collectives ou un consultant QSE certifié.